Pour la Journée de la femme,
j'aimerais vous faire partager une lettre que
j'ai " entendu " mon père
me dicter une certaine nuit de 1995...
Chère fille,
Voilà dix ans
que je suis parti vers un autre monde
et que le dialogue s'est maintenu
entre toi et moi.
"Il sera plus facile de se parler et
de se comprendre maintenant que tu es mort ",
me disais-tu,
" car tu m'écouteras enfin
avec ton coeur et non avec ta tête...
Tu auras une vision plus large de ce je suis. "
Le dialogue a été houleux par moments,
tu m'as balancé mes quatres vérités en
plein visage et pas avec le dos de la cuillère.
Tu m'as dit ta colère, ta rage, ta frustration,
les blessures que je t'ai portées
sans même parfois m'en rendre compte...
pour ne pas dire
sans jamais m'en rendre compte...
Aujourd'hui ma fille
je suis prêt
à venir te dire mon amour inconditionnel,
mon acceptation inconditionnelle
de ce que tu es.
Je veux te dire comment
j'aurais aimé te serrer fort dans mes bras
quand tu étais petite
mais aussi quand tu es devenue une femme.
Je n'en étais pas capable.
J'ai été intimidé par ta beauté
quand tu es devenue femme.
Je ne savais plus quoi faire avec mes sens.
J'ai eu peur de te blesser.
J'ai eu peur de ce désir fou
de te prendre dans mes bras.
J'étais ignorant.
Aujourd'hui je sais,
parce que tu me le dis souvent,
comment ces caresses et ces moments
de tendresse t'ont cruellement manqué.
Comment tu aurais aimé que je te reconnaisse
comme une femme valable,
capable de séduire un homme et surtout
capable de l'aimer et d'en être aimée.
Hé bien,du haut du ciel,
depuis dix ans que je te regarde aller,
je n'ai plus aucun doute
sur la valeur de ma fille!
Laisse-moi te dire ma fierté
d'avoir été et d'être encore ton père,
celui qui t'a mise au monde.
Je te vois te battre
avec acharnement pour te réaliser
malgré toutes les barrières que moi
et beaucoup d'autres hommes
avons mises sur ton chemin,
ne voulant pas partager
équitablement notre place,
nous sentant menacés par tant d'audace
et par une façon
différente de voir les choses,
nous sentant bien obligés de changer
mais résistant farouchement à le faire...
Aujourd'hui, je baisse les bras
et je te dis
que tu avais raison sur bien des choses:
. La sécurité ne réside pas dans un emploi à vie
mais bien à l'intérieur de soi
en développant ses talents
et ses aptitudes au maximum,
en développant une relation d'intimité
avec soi et avec Dieu.
. On ne fait pas des enfants pour faire plaisir
à son père qui a hâte d'être grand-père...
. Le suicide n'est pas une solution
même s'il est un grand appel au secours.
. Le bonheur ne réside pas
seulement dans le mariage
mais aussi dans le partage
avec des amis de grande qualité...
Depuis que je suis au ciel
et que je te regarde vivre,
j'apprends beaucoup de toi
et je regrette de ne pas avoir eu
l'ouverture d'esprit, de mon vivant,
pour profiter encore plus
de ta sagesse à ce moment-là.
Je crois de plus en plus,
et je le dis souvent aux autres habitants d'ici,
que j'ai mis au monde une femme de l'avenir
et c'est grâce à toi et aux autres humains
animés de cette même soif d'amour
et d'authenticité véritable
que le monde va se transformer,
personne par personne d'abord,
puis communauté par communauté ensuite.
Alors aujourd'hui,
pour la première fois
de notre histoire à toi et moi,
je me mets sincèrement à ton écoute
et à ton service
pour t'aider à réaliser tes rêves.
Demande-moi tout ce que tu voudras,
je te montrerai la voie si elle n'est pas
toujours accessible à ta condition humaine...
Pour le reste,
je sais que tu es capable de le faire sans moi...
Ça fait 20 ans que tu me le prouves
que tu peux te passer de mon support
étant donné qu'il était
rarement à la hauteur de tes attentes...
Laisse-moi aussi, en cette occasion,
te prendre dans mes bras
et te faire une longue caresse,
une longue accolade,
laisse-moi bercer ma petite Zézette
qui a grandi tellement vite
que je n'ai jamais su faire la transition
dans le regard que je posais sur elle.
Au fond j'admets que j'ai refusé
de te voir grandir et devenir une femme...
C'était trop menaçant
pour moi et pour ta mère...
Je veux te dire ma grande que
je t'aime du plus profond
de mon coeur de père,
je t'aime comme aucun homme
et aucun père n'a autant
aimé sa fille.
Et je remercie Dieu de me rendre
enfin capable de venir te le dire...
C'est un bien beau cadeau pour nous deux,
ne crois-tu pas...
Copyright 1995 Tous droits réservés
Carole Miville
Du site Carole Miville.com
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