Lettre d'une mère picarde à son fils


Mon cher enfant,
Je mets la main à la plume, la plume dans l'encre,
l'encre sur le papier, le papier dans l'enveloppe
et l'enveloppe dans la boîte aux lettres
pour te dire que nous étions malades,
mais le docteur est venu et nous sommes guéris.

Depuis que tu es parti, on s'aperçoit que tu n'es plus là.
Hier, c'était la fête au village, il y avait la course aux ânes,
Monsieur le Maire a dit que c'était dommage
que tu n'étais pas là, tu aurais sûrement gagné.
Il y avait aussi un marché aux cochons, nous pensons bien à toi.

Nous avons inauguré le nouveau cimetière.
Sur le portail on pouvait lire ceci :
Ici reposent les morts, vivant dans la commune.
Cette décision a été prise par le garde-champêtre.
Je dois te dire que les peupliers qui bordaient la route
ont été coupés pour faire du bois de sapin.

Ton frère se marie avec une femme, tu la connais,
c'est elle qui nous a fait tant rire à l'enterrement de la grand-mère.
La vache a eu un petit, ta sœur aussi,
ils sont mignons tous les deux.

J'espère que tu es un bon soldat comme ton frère
qui a eu les pieds gelés par un éclat d'obus.
Ta sœur t'envoie cinq francs sans que tu le saches
et moi je te donne dix francs en cachette de ton père
qui va porter le mandat à la poste.
Je t'envoie 5 chemises neuves
que j'ai confectionnées dans les vieilles de ton père,
envoie-moi les vieilles que tu as pour en faire des vieilles à ta soeur.
Si tes chaussettes ont des trous,
envoie-moi les trous pour que je puisse les raccommoder.

Nous avons eu un malheur, Médor a eu la queue coupée,
tant mieux pour lui, il ne la coincera plus dans la porte.
Tu nous as dit que tu avais été malade,
si ça ne va pas mieux, viens mourir à la maison,
ça nous ferait bien plaisir.
Il y a eu une maladie chez les bêtes à cornes
et nous avons bien eu peur pour ton père.
Il y a eu aussi une épidémie de fièvre aphteuse
et ton frère a été bien malade et en a bien souffert.
Enfin, tout le monde va bien, sauf le chat qui a crevé.

J'espère que ma lettre te trouvera de même.
Ton frère a eu un furoncle à la fesse
sur quoi je t'embrasse bien tendrement.

Maman

Un texte de
PHILIPPE RUBERT
peintre de coeur
www.artist-rubert.com




Du site Carole Miville.com
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